Finance pour les non-financiers : ce qu’il faut vraiment savoir

0

Derrière un jargon technico-comptable souvent mâtiné d’anglicismes bien sentis, la finance d’entreprise offre une source d’information de bonne qualité, exhaustive et plus bien normée. Encore faut-il savoir se repérer. Notre guide des notions clés à connaître pour un dirigeant.

A quoi sert la finance d’entreprise ?

La finance d’entreprise (ou gestion financière) est le champ de la finance relatif aux décisions financières des entreprises. Son objet essentiel est l’analyse et la maximisation de la création de valeur envisagée sur une longue période (source Wikipédia). Dans les faits, la finance d’entreprise sert à apporter un éclairage financier sur des prises de décisions afin de maximiser la performance et la création de valeur de l’entreprise. La finance d’entreprise ne sait pas tout, ne dit pas tout de la réalité de l’entreprise mais elle fournit une information de qualité et plutôt bien structurée, ce qui rend relativement aisé les comparaisons et l’analyse des évolutions.

Il existe d’autres champs de la finance, à commencer par la finance de marché, royaume des traders et autres profils financiers médiatiques. La finance de marché s’intéresse au fonctionnement des marchés financiers, sur lequel des personnes physiques, des sociétés privées et des institutions publiques peuvent négocier des titres financiers (actions d’entreprises, obligations), matières premières et autres actifs, à des prix qui reflètent l’offre et la demande. En réalité ces deux domaines de la finance sont assez éloignés d’un point de vue technique et les experts de la finance de marché (comme les traders) sont rarement des experts de la finance d’entreprise (comme les DAF) – et inversement.

Dernière comparaison utile, la finance d’entreprise ne se résume pas à la comptabilité, tout comme la gestion des ressources humaines (on dirait même aujourd’hui du capital humain) ne se résume pas à la paie. La comptabilité est un ensemble de normes et de conventions qui permet de recueillir et compiler des données liées aux opérations financières de l’entreprise afin de les présenter de manière normée dans une situation financière. La gestion financière consiste, elle, à analyser la situation financière ainsi produite pour prendre des décisions.

Distinguer ce qui obligatoire de ce qui est nécessaire

Les entreprises sont des personnes morales qui ont des obligations fiscales et réglementaires comme :

  • tenir une comptabilité compatible avec le système fiscal français et réaliser une clôture comptable annuelle selon les normes en vigueur
  • assurer un certain niveau de communication financière (dépôts des comptes au greffe)
  • et pour les plus grosses d’entre elles l’obligation de faire certifier leurs comptes par des Commissaires aux Comptes indépendants.

Mais ces obligations ne suffisent pas à assurer une bonne gestion financière de l’entreprise. L’objet de la finance d’entreprise est avant tout d’aider à gérer une entreprise à court (3 mois), moyen (12 mois) et long terme (3-5 ans). Pour cela, on s’attelle à réaliser deux exercices nécessaires et complémentaires :

– Expliquer la situation financière présente à l’aune de ce qu’il s’est passé dans les périodes récentes

– Anticiper la situation financière future en utilisant des hypothèses de projection pour construire un budget (annuel) et un business plan (3 à 5 ans)

Ces deux exercices vont être synthétisés dans des états financiers regroupés dans un document de référence appelé reporting financier, qui n’est un élément obligatoire au sens légal du terme, mais qui est absolument nécessaire à la bonne gestion d’une entreprise.

Mais avant de rentrer plus en détail dans la composition du reporting financier, faisons un point rapide sur quelques notions comptables bien utiles pour la compréhension des analyses financières.

Quelques repères comptables pour les non-financiers

En France, l’organisation de l’information comptable dépend d’un référentiel national appelé Plan Comptable Général (PCG). C’est très pratique car quelle que soit la société française que l’on regarde, l’information est très largement traitée de la même manière, ce qui rend les points de comparaison assez faciles.

L’idée n’est pas de former tout le monde à la comptabilité mais de donner quelques repères pour avoir une meilleure compréhension de l’organisation de l’information comptable, préambule indispensable à la production d’un reporting financier de qualité.

Le grand livre : Chaque opération financière de l’entreprise (l’émission ou la réception d’une facture, un paiement, …) fait l’objet d’une comptabilisation sous forme d’écriture comptable. L’ensemble des écritures comptables d’une période donnée est regroupé dans le grand livre. Un grand livre est donc constitué selon la taille de l’entreprise de plusieurs milliers, dizaine ou centaines de milliers d’écritures comptables.

Les classes comptables : Chaque partie d’écriture comptable est affectée à un compte comptable spécifique en fonction de sa nature économique, selon les normes définies par le PCG pour les entités françaises. Le PCG regroupe les comptes comptables en 7 classes :

BilanClasse 1Fonds propres et dettes financières
BilanClasse 2Immobilisations
BilanClasse 3Stocks
BilanClasse 4Comptes tiers : Clients, Fournisseurs, Social, Fiscal
BilanClasse 5Trésorerie
Compte de résultatClasse 6Charges
Compte de résultatClasse 7Produits

Les 5 premières classes concernent les comptes de bilan et les deux dernières les comptes du compte de résultat. Un compte comptable dont le numéro commence par 6 est un compte de charge (compte de résultat), un compte dont le numéro commence par 3 est un compte de stock (bilan).

La balance générale : Le total des comptes comptables pour une période donnée est présenté dans la balance générale. Ce document est utile car, contrairement au grand livre, il ne présente que quelques dizaines ou centaines de ligne, il est donc plus facile de travailler dessus et d’identifier les éléments intéressants.

Les états financiers comptables : Les états financiers que sont le compte de résultat et le bilan mettent en forme de manière intelligible les comptes de la balance générale. Une ligne d’un état financier regroupe en général plusieurs comptes comptables issus de la balance générale.

Selon la méthode du « drill down » (approfondir en anglais), si je cherche plus de détail sur une ligne d’un état financier, je vais consulter la balance générale et si j’ai besoin de plus de détails sur un compte comptable je vais dans le grand livre. Pour schématiser, la production du grand livre et de la balance générale sont du ressort de la comptabilité, alors que la production et l’analyse des états financiers sont du ressort de la gestion financière. Le gestionnaire financier travaille donc surtout sur le reporting financier, mais peut éventuellement se reporter à la balance générale voire au grand livre s’il a besoin d’affiner sa compréhension de quelques éléments.

Comprendre les différents états du reporting financier

Quittons donc maintenant le monde de la comptabilité pour nous concentrer sur l’organisation du reporting financier. Il est composé de différents états financiers et analyses (on dira autant que nécessaire à la bonne gestion) mais devrait a minima comporter trois éléments indispensables à la bonne compréhension de la situation financière de la société. C’est ce que nous appelons le triptyque financier :

  • Le Compte de résultat : cet état synthétise tous les produits et charges sur une période donnée
  • Le Bilan : cet état synthétise tous les actifs et passifs à une date donnée (vision patrimoniale)
  • Le Tableau des Flux de Trésorerie (TFT) : cet état synthétise tous les variations financières affectant la trésorerie sur une période donnée

Notons que la période donnée peut être passée (on se base alors sur les informations réelles issues de la comptabilité) mais aussi future (on se base alors sur des projections que vous retrouverez souvent appelées sous les termes de « prévisionnel », « budget » ou « forecast »). Il arrive aussi qu’une période soit à cheval sur du passé et des projections, on parle alors souvent de « révisé », « reforecast » ou « atterrissage ».

Voyons en détail chacun de ces 3 états financiers :

Le Compte de résultat (Profit and Loss account / P&L en anglais)

Rôle et présentation :

Cet état présente les produits et les charges de l’entreprise pour une période donnée. La présentation comptable du compte de résultat n’étant souvent pas adaptée à une lecture économique de l’activité, vous rencontrerez dans les reportings quasiment autant de présentations que de sociétés, certaines se contentant de modifier l’ordre de présentation des éléments comptables, d’autres faisant appel à des notions d’analytique plus ou moins poussée. Mais la structure des blocs de présentation est toujours à peu près la même :

Les agrégats les plus courants :

  • Chiffre d’affaires (CA) : c’est l’ensemble des revenus provenant de l’exploitation constatés sur la période. Vous constaterez parfois que certains produits ne sont pas comptabilisés en CA mais en autres produits. Ce sont des distinctions comptables qui dans la majorité des activités ne sont pas significatives, les autres produits étant en général assez marginaux.
  • Marge Brute : il existe de nombreuses définitions de la marge (brute, nette, triple nette même…) mais la marge brute est sans doute l’agrégat qui revient le plus souvent pour parler de la marge. La marge brute est souvent définie par la formule CA – Coûts des Achats Directs. Elle est en général exprimée à la fois en valeur et en % du CA. Cet agrégat peut notamment servir dans le cadre du calcul du point mort (voir ci-après).
  • Excédent Brut d’Exploitation (EBE) : aussi appelé EBITA en anglais, il s’agit du solde des produits et charges d’exploitation avant imputation des charges d’amortissement et de provision. Il s’agit en quelque sorte du résultat d’exploitation « cash » de l’activité, puisque l’on retraite les éléments « non cash » d’exploitation que sont les amortissements et les provisions. C’est un élément fondamental dans l’analyse des flux de trésorerie (voir TFT après) et un agrégat très utilisé par les financiers, notamment pour valoriser les sociétés (les fameux multiples d’EBITDA).
  • Résultat d’exploitation (REX) : aussi appelé EBIT en anglais, c’est le solde de tous les produits et charges d’exploitation (y compris amortissements et provisions donc) , à l’exception des éléments considérés comme financiers ou exceptionnels (voir ci-après) et de l’impôt sur les sociétés.
  • Résultat Financier : On regroupe dans le résultat financier tous les produits et les charges de nature « financière » comme les intérêts des financements bancaires ou les gains / les pertes sur des opérations financières 
  • Résultat Exceptionnel : On regroupe dans le résultat exceptionnel tous les produits et les charges de nature « exceptionnelle » selon les normes comptables en vigueur. L’idée est d’isoler les impacts exceptionnels pour ne pas polluer l’analyse des résultats provenant de l’exploitation normale de la société.
  • IS : c’est l’impôt sur les sociétés. On y retrouve aussi certains crédits d’impôts, ne vous étonnez donc pas de le voir apparaître parfois comme un produit, cela signifie juste que la somme des crédits d’impôts est supérieure à l’impôt sur les sociétés calculé.
  • Résultat Net : c’est le solde des produits et charges, s’il est positif, l’entreprise réalise des bénéfices, s’il est négatif, l’entreprise est en pertes.

Les analyses intéressantes à mener sur le compte de résultat :

  • Analyse de la rentabilité de l’activité : l’activité est-elle rentable ou non, à quel niveau (souvent exprimé en % du CA). Quelles sont les principales sources de profits ou de pertes ?
  • Contrôle budgétaire : on compare ligne par ligne le compte de résultat réel issu de la comptabilité avec le compte de résultat prévisionnel issu du budget / business plan sur une période donnée et l’on tente d’expliquer tous les écarts significatifs constatés, en valeur et en % du CA. Cet exercice peut amener à produire un révisé budgétaire qui s’appuie sur les dernières tendances observées pour ajuster le budget sur les périodes futures.
  • Analyse de la structure des coûts de l’activité et du point mort : on distingue en analyse financière les coûts fixes qui ne varient pas ou peu par rapport au niveau d’activité des coûts variables qui varient en fonction de l’activité. Cela permet d’avoir une idée de l’évolution de la structure de coûts en cas de baisse ou de hausse de l’activité, et donc de la sensibilité de la rentabilité de l’activité à la variation du CA. Souvent on remonte les coûts variables dans la marge pour obtenir une équation du type Résultat d’Exploitation = CA * Tx Marge – Coûts Fixes où Tx Marge = (CA – Coûts Variable)/CA. On peut alors déterminer le point d’exploitation (niveau de CA où le Résultat d’exploitation est égal à 0, aussi appelé seuil de rentabilité) par la formule simplifiée Point Mort = Coûts Fixes / Tx Marge

Les reportings financiers consacrent souvent de nombreuses analyses à la compréhension du compte de résultat et la compréhension des piliers de la rentabilité de l’entreprise. En revanche la principale limite de l’analyse du compte de résultat reste qu’il n’y est à aucun moment question de trésorerie. Or sans trésorerie, l’activité de l’entreprise doit cesser (on parle de cessation des paiements), même le résultat d’exploitation s’avère positif. Pour juger de la situation de trésorerie de la société, indispensable à la poursuite de l’activité, nous allons donc devoir nous intéresser à deux autres états financiers : le bilan et le tableau des flux de trésorerie.

Le Bilan (Balance Sheet en anglais)

Rôle et présentation :

Cet état synthétise tous les actifs et passifs à une date donnée (vision patrimoniale). Le bilan comptable est par défaut présenté sous forme de deux tableaux, le tableau des actifs et le tableau des passifs, les soldes des deux tableaux étant égaux. En analyse financière, nous lui préférons une présentation plus intelligible d’un point de vue financier en un seul tableau que nous appelons bilan simplifié :

Les agrégats les plus courants :

  • Actif immobilisé : valeur nette comptable (c’est-à-dire la valeur d’acquisition moins les amortissements déjà constatés) des immobilisations acquises par l’entreprise (immobilisations matérielles, immatérielles et participations).
  • BFR : Besoin en fonds de roulement. Nous avons l’habitude de différencier :
    • le BFR d’exploitation (Solde des créances clients + Valeur des stocks – Solde de dettes fournisseurs) qui est réputé « pilotable » et qui varie normalement en fonction de l’activité. La variation du BFR d’Exploitation peut être un élément majeur de la variation de trésorerie de l’entreprise (voir également la partie sur le TFT) et fait en général l’objet d’une attention très particulière
    • le BFR Hors Exploitation principalement composé de dettes sociales et fiscales et donc principalement « subi » par les entreprises
  • Dette financière nette : c’est la somme des dettes financières de la société diminuée de la trésorerie disponible. On y ajoute également les comptes courants d’associés (argent prêté ou emprunté par les actionnaires à la société) qui sont notamment très utilisés par faire circuler la trésorerie entre entités d’un même groupe.
  • Fonds propres : c’est la somme du capital social et des résultats nets successifs (appelés « réserves ») accumulés au cours de l’existence de l’entreprise. Un résultat net positif de l’exercice en courts vient augmenter les fonds propres, un résultat net négatif vient les diminuer.

Dans cette présentation, un contrôle rapide de cohérence des chiffres consiste à vérifier l’égalité

Actif Immobilisé + BFR Exploitation + BFR Hors Exploitation + Dette financière nette = Fonds propres

Les analyses intéressantes à mener sur le bilan :

L’analyse du bilan consiste d’abord à comparer l’évolution des soldes des agrégats entre deux dates pour interpréter l’évolution de la situation financière de la société :

  • L’évolution de l’actif immobilisé caractérise la politique d’investissements de la société : s’il reste le même, cela signifie que la société maintient un niveau de remplacement des actifs conformes au rythme d’amortissements des immobilisations, s’il augmente cela signifie que la société accélère ses investissements, s’il diminue la société freine ses investissements.
  • L’évolution du BFR d’Exploitation doit normalement suivre le niveau d’activité et il est d’ailleurs assez commun de tirer des ratios entre le montant de BFR d’Exploitation et le CA. Des plans d’action sur l’optimisation des stocks ou le recouvrement client peuvent également permettre de baisser le BFR à activité constante, ce qui est une source de trésorerie pour l’entreprise. A contrario une dérive des stocks ou des retards de paiement clients « consomme » de la trésorerie à niveau d’activité équivalent.
  • Evolution de la dette financière nette : la variation de dette financière permet d’appréhender la dynamique de financement, si la dette financière nette baisse, cela signifie que l’entreprise se désendette, si elle augmente cela signifie qu’elle s’endette. La dette financière est un élément scruté par les investisseurs financiers car elle rentre en compte dans le calcul de la valeur des titres (des actions) de l’entreprise.
  • Evolution des fonds propres : Une entreprise rentable voit normalement ses fonds propres augmenter (ou stagner si l’ensemble du résultat dégagé est redistribué sous forme de dividendes aux actionnaires). En revanche la diminution des fonds propres est un signal d’alarme et les entreprises en situation de fonds propres négatifs (c’est-à-dire dont les pertes cumulées sont supérieures à leur capital social) doivent normalement procéder à une recapitalisation très rapide, c’est-à-dire relever de l’argent auprès d’actionnaires ou investisseurs.

Comme pour le compte de résultat, il est intéressant de réaliser des analyses de contrôle budgétaire sur les postes de bilan, à commencer par le BFR d’exploitation. Les écarts doivent être décomposés entre l’impact du niveau d’activité et les indicateurs de gestion pour les stocks ou les créances clients rapportés au CA.

Le Tableau des Flux de Trésorerie (TFT, Cash Flow Statement en anglais)

Rôle et présentation :

Le TFT sert à décomposer la variation de la trésorerie sur une période donnée. Certains utilisent pour réaliser cet exercice un Tableau d’encaissement / décaissement qui a le mérite d’être très simple à produire (il suffit de récupérer tous les écritures bancaires de la société et les affecter à une ligne selon leur nature) mais cette analyse a également de nombreuses limites. Nous lui préférons pour notre part le TFT qui synthétise tous les éléments financiers importants présents au compte de résultat et au bilan pour donner une vision financière globale facilement interprétable. On retrouve ainsi dans le TFT les notions fondamentales d’EBITDA, de CAPEX, de variation du BFR, de service de la dette … Bref un outil indispensable à la bonne compréhension des enjeux financiers d’une société (en historique comme en prévisionnel) mais malheureusement trop souvent absent des reportings financiers et pour cause : contrairement au compte de résultat ou au bilan, ce n’est pas un état financier produit par défaut par les équipes comptables.

Les agrégats les plus courants :

  • EBITDA : agrégat issu du compte de résultat, il s’agit en quelque sorte du résultat d’exploitation « cash » de l’activité (Cf explications données plus haut).
  • Variation du BFR : on s’intéresse en particulier au BFR d’exploitation. Un BFR d’exploitation dont le solde augmente entre deux dates induit une consommation de trésorerie, un BFR d’exploitation dont le solde baisse entre deux dates induit une génération de trésorerie. La ligne du TFT sur le BFR d’exploitation permet d’avoir une lecture directe de l’impact de la variation du BFR sur la trésorerie.
  • Investissements / CAPEX : il s’agit des montants dépensés au titre de l’acquisition de nouvelles immobilisations (matérielles, immatérielles et participations). On oppose souvent les CAPEX (Capital Expenditure) qui sont les investissements qui sont comptabilisés en actif immobilisé aux OPEX (Operational Expenditure) qui sont les dépenses d’exploitation courantes et prises en compte dans le compte de résultat.
  • Free cash flows (FCF) : c’est la somme de tous les flux de trésorerie liés à l’exploitation (par convention on y met également les éléments exceptionnels qui doivent normalement avoir un impact marginal). Si les FCF sont positifs c’est que l’activité de l’entreprise génère de la trésorerie, s’ils sont négatifs c’est qu’elle en consomme. Les FCF font l’état de la variation de trésorerie avant impact des financements. Dans le cas d’entreprises endettées, il faut normalement que les FCF soient supérieurs ou égaux au service de la dette (voir ci-après). C’est également sur les bases de FCF que l’on détermine la politique de versement des dividendes ou des marges de réinvestissement pour l’année suivante.
  • Flux liés aux financements : une entreprise a deux sources de financement pour son activité, ses partenaires financiers (banques principalement) et ses actionnaires (en capital ou en compte courant). Les flux liés aux financements somment les flux de trésorerie liés à ces deux sources. Les dettes financières et le résultat financier font apparaître le service de la dette, qui peut éventuellement être contrebalancé par la souscription à de nouveaux emprunts. Les mouvements sur les comptes courants et le capital (y compris le versement de dividendes) marquent les flux de trésorerie liés aux actionnaires.

Les analyses intéressantes à mener sur le tableau des flux de trésorerie :

  • Variations des free cash flows (FCF) : les FCF doivent être analyses comme la capacité de l’activité de générer ou au contraire de consommer de la trésorerie indépendamment de sa structure de financement. Une activité régulièrement en FCF négatifs doit trouver de nouvelles sources de financement sous peine de devoir cesser son activité (cessation des paiements). On remarque au passage que l’EBITDA peut tout à fait être positif et les FCF s’avérer négatifs sous l’impact des investissements nécessaires ou de la variation du BFR. C’est bien la preuve que l’analyse de l’EBITDA ou du compte de résultat ne suffit pas à vérifier la situation financière d’une entreprise.
  • Structure et équilibre des financements : il s’agit de vérifier que les flux liés aux financements sont bien en adéquation avec les FCF. Un exemple : si les FCF sont positifs mais qu’ils ne suffisent pas à couvrir le service de la dette, cela signifie sans doute qu’il faut renégocier l’échéancier de remboursement. Si les FCF sont négatifs, il faut alors s’assurer que les flux liés aux financements soient positifs et qu’ils « couvrent » la trésorerie consommée par l’activité. L’équilibre des financements d’une entreprise est s’apprécie sur plusieurs années, c’est d’ailleurs pour cela que les partenaires financiers demandent un business plan à 3 ou 5 ans. Ils regardent les FCF prévisionnels sur cette période et s’assurent que cela couvre bien le service de la dette prévisionnel (généralement avec une marge de manœuvre de l’ordre de 30%). Une entreprise ayant une structure de financement incompatible avec les FCF générés finira tôt ou tard par connaître des difficultés financières, c’est donc un élément indispensable à l’évaluation de la santé financière d’une société.

Vous voilà maintenant armé pour mieux comprendre les présentations financières et le rôle de chaque état financier. Si vous voulez aller plus loin, nous avons également publié un article sur l’amélioration du reporting financier qui pousse la réflexion un cran plus loin sur la production et l’analyse des éléments financiers.

Et si vous avez besoin de renforcer la qualité de votre gestion financière ou de votre reporting, discutons-en ensemble :

    Laissez un avis